On imagine volontiers que le bleu, blanc, rouge flotte sur la France sans interruption depuis la Révolution. C'est inexact : de 1814 à 1830, le drapeau officiel du pays était entièrement blanc, et en 1873 encore, un prétendant au trône a préféré renoncer à la couronne plutôt que d'accepter les trois couleurs.
C'est ce drapeau blanc que l'on appelle le plus souvent drapeau royaliste. Mais l'expression recouvre aussi la bannière d'azur aux fleurs de lys d'or, les étendards semés de lys et nombre de fabrications récentes qui mêlent les deux. Remettre ces objets dans l'ordre chronologique permet de savoir ce que l'on regarde, ce que l'on achète ou ce que l'on accroche.
Drapeau royaliste ou drapeau du royaume de France : deux réalités distinctes
Sous l'Ancien Régime, il n'existe pas de « drapeau national » au sens moderne. Le roi possède ses armoiries, d'azur à trois fleurs de lys d'or, et ses troupes, ses navires et ses places fortes arborent des couleurs variées selon les usages. Le blanc est la couleur attachée à la personne du roi et au commandement : c'est lui qu'on retrouve sur les pavillons de la marine royale et sur l'écharpe des officiers.
Le drapeau du royaume de France tel qu'on le représente aujourd'hui est donc une reconstruction : on choisit, selon les cas, la bannière d'azur aux trois lys (les armes du roi transformées en étoffe) ou le drapeau blanc, parfois chargé des armes de France au centre. Le terme de drapeau royaliste, lui, apparaît vraiment après la Révolution, quand le blanc devient une couleur de parti face au tricolore. Avant 1789, personne ne se dit royaliste : tout le monde vit sous un roi.
Chronologie : comment le blanc devient une couleur de combat
1789-1794 : le tricolore naît avec le blanc à l'intérieur
L'histoire du tricolore commence par une cocarde. Selon une tradition rapportée par la présidence de la République, La Fayette aurait remis à Louis XVI, trois jours après la prise de la Bastille, une cocarde réunissant le blanc de la monarchie au bleu et au rouge, couleurs de Paris. Le récit tient en partie de la légende, mais il dit l'essentiel : le premier emblème révolutionnaire n'efface pas le blanc royal, il l'encadre.
À l'automne 1790, l'Assemblée constituante impose aux navires de guerre et de commerce un pavillon à trois bandes verticales. Le 15 février 1794, la Convention fixe l'ordre que l'on connaît : bleu à la hampe, blanc au centre, rouge flottant. La tradition attribue ce dessin au peintre Louis David.
À partir de là, arborer le drapeau blanc seul revient à refuser la Révolution. Le blanc cesse d'être la couleur commune du royaume pour devenir celle d'un camp.
1814-1830 : le drapeau blanc redevient officiel
Avec la Restauration des Bourbons, la France abandonne le tricolore. La page de l'Élysée le résume en une formule : de 1814 à 1830, le drapeau ne conserve que le blanc royal. C'est la seule période où le drapeau royaliste est aussi le drapeau officiel de l'État, sous Louis XVIII puis Charles X.
Concrètement, le drapeau blanc flotte alors sur les bâtiments publics, les forteresses et les navires. Il porte souvent, au centre, les armes de France ou des fleurs de lys, mais le fond blanc reste la règle. Pour un collectionneur, un drapeau authentique de cette période se reconnaît d'abord à son contexte (régiment, unité, inventaire de musée), pas à son motif seul, que les copies imitent sans difficulté.

1830 : les Trois Glorieuses renversent le blanc
Les 27, 28 et 29 juillet 1830, le tricolore réapparaît sur les barricades parisiennes comme signe de ralliement contre Charles X. Le roi abdique le 2 août. Louis-Philippe, qui monte sur le trône, accepte le retour des trois couleurs : selon ses mots, la nation « reprenait ses couleurs ».
C'est un tournant décisif pour le drapeau royaliste français : désormais, on peut être monarchiste et servir sous le tricolore, comme le fait la monarchie de Juillet. Seuls les légitimistes, fidèles à la branche aînée des Bourbons, continuent de brandir le blanc. Le drapeau royaliste devient un drapeau d'opposition, porté par une partie de la noblesse et des campagnes.
1848 : le tricolore résiste aussi au rouge
Le 25 février 1848, des insurgés réclament un drapeau entièrement rouge. Lamartine convainc la foule de conserver le tricolore, qu'il présente comme le symbole de la France à l'étranger. L'épisode montre que le bleu, blanc, rouge est déjà devenu un compromis national, contesté à droite par les partisans du blanc et à gauche par ceux du rouge.
1871-1873 : le drapeau blanc qui a coûté une couronne
L'épisode le plus célèbre de l'histoire du drapeau royaliste se joue en Val de Loire. Henri d'Artois, comte de Chambord, petit-fils de Charles X, est né le 29 septembre 1820 aux Tuileries, sept mois après l'assassinat de son père, le duc de Berry. Surnommé « l'enfant du miracle », il vit en exil après 1830, à Prague, à Goritz puis à Frohsdorf.
Après la défaite de 1870 et les élections du 8 février 1871, l'Assemblée compte une majorité monarchiste. Une restauration semble possible. Le comte vient alors pour la seule fois de sa vie au château dont il porte le nom : arrivé à Blois dans la nuit du 2 au 3 juillet 1871, il repart le 6. Le 5 juillet, il y rédige un manifeste publié peu après dans Le Figaro, où il affirme son attachement au drapeau blanc, celui qui a flotté sur son berceau et dont il veut qu'il ombrage sa tombe.
Le blocage est total. Les orléanistes, l'autre branche monarchiste, tiennent au tricolore ; l'opinion aussi. En mai 1873, l'élection de Mac-Mahon à la présidence relance les négociations. Le 27 octobre 1873, le comte de Chambord répond par une lettre où il réaffirme son refus : sa personne n'est rien, son principe est tout. Il revient en secret en France le 9 novembre et attend douze jours à Versailles ; Mac-Mahon refuse de le recevoir. Le 20 novembre, la loi du septennat confie le pouvoir au maréchal pour sept ans. La restauration n'aura pas lieu.
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| Date | Événement | Place du drapeau blanc |
|---|---|---|
| 15 février 1794 | La Convention fixe l'ordre bleu, blanc, rouge | Le blanc royal est intégré au tricolore |
| 1814-1830 | Restauration des Bourbons | Drapeau officiel de la France |
| 27-29 juillet 1830 | Trois Glorieuses | Le tricolore le remplace |
| 5 juillet 1871 | Manifeste du comte de Chambord | Revendiqué comme condition de la royauté |
| 27 octobre 1873 | Lettre de refus du tricolore | Le refus bloque la restauration |
| 20 novembre 1873 | Loi du septennat | Fin de l'espoir légitimiste immédiat |
Le comte de Chambord meurt le 24 août 1883 à Frohsdorf et il est inhumé à Goritz. Le Domaine national de Chambord conserve plusieurs traces de cette histoire : une plaque commémorative du manifeste, un drapeau de la France accompagné d'une lettre répondant au texte de 1871, des bijoux légitimistes et même un graffiti royaliste, « Henri V seul est mon roi », tracé sur un mur du château. Pour un lecteur du Saumurois, c'est l'occasion de prolonger une découverte des châteaux de la Loire par une visite où l'histoire du drapeau se lit sur place ; nos parcours dans le Saumurois donnent d'autres idées d'itinéraires.

Que signifient les symboles d'un drapeau France royaliste ?
Le blanc
Le blanc est la couleur du commandement royal bien avant d'être celle d'un parti. Après 1830, il signifie la fidélité à la branche aînée des Bourbons et le refus de la Révolution. C'est le sens que lui donne le comte de Chambord en 1871 : un principe plutôt qu'une simple étoffe.
Les fleurs de lys
Les fleurs de lys d'or sur fond d'azur sont les armes des rois de France. Trois lys constituent la forme la plus connue ; le semé de lys, plus ancien, couvre toute la surface. Le motif a largement débordé le cadre politique, jusqu'aux bijoux et aux tatouages de fleur de lys, où il n'exprime pas toujours une opinion monarchiste.
Le Sacré-Cœur et les emblèmes religieux
Certains drapeaux royalistes portent un Sacré-Cœur ou une croix. Ils renvoient aux insurrections de l'Ouest et à la dimension catholique du légitimisme. Comme pour la croix des Templiers, un même emblème religieux circule dans des contextes très différents : historique, militant ou simplement décoratif.
Drapeau royaliste France aujourd'hui : usages et précautions
Le drapeau royaliste France n'a plus aucun statut officiel. Il apparaît lors de commémorations historiques, de reconstitutions, de rassemblements de mouvements monarchistes contemporains (légitimistes, attachés aux Bourbons, ou orléanistes, attachés aux descendants de Louis-Philippe) et dans les collections privées.
Quelques repères avant d'en acheter ou d'en afficher un :
- Choisir le modèle selon l'époque visée : bannière d'azur à trois lys pour évoquer la monarchie d'Ancien Régime, drapeau blanc pour la Restauration et le légitimisme, drapeau blanc frappé d'un Sacré-Cœur pour la mémoire des insurrections de l'Ouest.
- Se méfier des appellations commerciales : « drapeau royaume de France » est souvent une création graphique moderne qui combine fond blanc, lys et couronne sans correspondre à un modèle historique précis.
- Distinguer reproduction et pièce ancienne : un drapeau d'époque relève de la collection, se documente par sa provenance et se trouve plutôt en salle des ventes ou dans les musées.
- Garder en tête le sens politique : afficher un drapeau blanc ou à lys peut être compris comme un message militant. Le tricolore reste, selon l'article 2 de la Constitution, le seul emblème national.
Les drapeaux d'États souverains sont un autre sujet ; pour savoir combien de pays en possèdent un reconnu, voir notre article sur le nombre de pays dans le monde.




