Agglo Saumur

Paulownia tomentosa : l'arbre impérial entre ombre et vigilance

Article · Maison & énergie

Tronc d'un grand arbre feuillu vu d'en bas, sous une couronne de feuilles d'automne jaunes et orangées

Le Paulownia tomentosa pousse vite, fleurit en grappes bleues odorantes et résiste jusqu'à -20 °C. Mais ses graines ailées voyagent jusqu'à un kilomètre, et le Conservatoire botanique national de Brest déconseille de le planter en milieu naturel.

Sur les parvis du Grand Paris Express, le Paulownia tomentosa a été choisi pour décorer les 68 futures gares. Au même moment, le Conservatoire botanique national de Brest déconseille de le planter près des milieux naturels. Arbre d'ornement admiré depuis son arrivée au Jardin des Plantes de Paris en 1834, il est aussi devenu depuis 2022 le support de promesses commerciales sur le carbone et le bois, que la filière forestière juge excessives.

Pour un jardin de l'Anjou, le choix se joue entre ces deux visages : d'où vient l'arbre, ce qu'il demande, ce que vaut son bois et pourquoi ses graines inquiètent les botanistes de l'Ouest.

Paulownia tomentosa : la fiche d'identité de l'arbre impérial

Le genre Paulownia compte neuf espèces, toutes originaires de Chine, parmi lesquelles P. tomentosa, P. fortunei, P. elongata ou P. kawakamii. Le P. tomentosa, appelé paulownia tomenteux, est la plus commune : son aire naturelle s'étend de la Corée au Vietnam, des contreforts du Tibet jusqu'à Taïwan. Sa présence au Japon serait due à l'homme. Dans la nature, il reste rare ; c'est surtout un arbre d'ornement en ville et un arbre cultivé à la campagne.

Le nom vient des botanistes bavarois Siebold et Zuccarini, qui ont décrit le genre en 1835 et l'ont dédié à la princesse Anna Pavlovna, fille du tsar Paul Ier. D'où le surnom d'arbre impérial ou de paulownia impérial, « princess tree » en anglais. Dans plusieurs langues, dont le japonais, on l'appelle kiri. Les botanistes l'ont longtemps rangé parmi les Scrophulariacées ; la classification actuelle lui donne une famille à part, les Paulowniacées, dont il est le seul genre.

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RepèreP. tomentosa
Hauteur maximalejusqu'à 30 m
Diamètrejusqu'à 80 cm (un sujet parisien de 80 ans abattu en 2023 mesurait 113 cm)
Écorcegris cendré, finement gercée
Feuillestrès grandes, opposées, en cœur, à long pétiole
Fleursbleues, odorantes, en grappes dressées
Fruitscapsules vertes de 3 à 4 cm, graines ailées nombreuses
Froid supportéjusqu'à -20 °C, l'espèce la plus rustique du genre
Chaleur supportéejusqu'à 40 °C

Un port spectaculaire, mais un tronc souvent irrégulier

Le fût du paulownia tomenteux est souvent de forme irrégulière, avec une forte décroissance entre la base et le sommet. La floraison, abondante et parfumée, explique sa popularité comme arbre d'alignement : l'espèce est fortement mellifère et attire les insectes pollinisateurs.

Ce que l'arbre demande : lumière, eau, sol

Le paulownia est une essence pionnière. Il exige la pleine lumière : 60 000 lux environ, quand la moyenne des arbres se situe entre 20 000 et 30 000 lux. Il supporte mal la concurrence.

Son besoin en eau varie selon les espèces, de 500 à 3 000 mm par an. Sa grande surface foliaire le rend très sensible au stress hydrique, surtout au départ : un agriculteur cité par l'interprofession bretonne raconte avoir dû arroser tous les deux jours la première saison, même lors d'un été pluvieux. Pour un jardin du Saumurois, cet arrosage d'installation est à prévoir ; le carnet de saison consacré à l'eau au jardin aide à le planifier.

Côté sol, l'arbre est assez tolérant : il pousse sur des terres de pH 4,5 à 8,5, mais il apprécie peu les sols acides. Les terres calcaires que l'on rencontre souvent autour du tuffeau ne lui posent donc pas de difficulté de principe. Il redoute en revanche les sols lourds, où il devient sensible à l'armillaire, un champignon qui attaque les racines.

Grande feuille verte aux nervures très marquées, vue de près
Photo : Talha Riaz / Pexels

Racines, vent et maladies

Le système racinaire est profond, au-delà de 2 m, et puissant : c'est un atout pour stabiliser un talus, et une raison de réfléchir à l'emplacement près d'une maison, d'une terrasse ou de canalisations. Les distances de plantation par rapport au voisin prévues par le Code civil s'appliquent comme pour n'importe quel arbre de haute tige.

Le vent est un autre point faible. Les très grandes feuilles des jeunes sujets se déchirent facilement ; l'adulte, aux feuilles plus petites, résiste mieux mais peut casser. S'y ajoutent l'oïdium et les champignons lignivores qui s'installent sur les plaies de taille. Enfin, l'arbre est très appétant pour les chevreuils : les planteurs clôturent leurs parcelles.

Les inconvénients du paulownia tomentosa

Le principal grief tient aux graines. Les capsules s'ouvrent à maturité et libèrent une multitude de graines ailées que le vent peut emporter jusqu'à un kilomètre. Un arbre isolé dans un jardin peut donc ensemencer une friche, une berge ou une lisière bien au-delà de la clôture.

Autre paulownia inconvénient souvent sous-estimé : le volume de feuilles. Des limbes aussi grands tombent en masse à l'automne et demandent un ramassage régulier près d'une piscine, d'une gouttière ou d'une allée. Il faut aussi compter avec les rejets : les cultivateurs retirent les gourmands pendant trois ans après le recépage, à raison d'un passage tous les dix jours environ.

Paulownia impérial ou hybride : la vraie question

Les hybrides commerciaux associent P. tomentosa, P. fortunei, P. elongata ou P. catalpifolia. Plusieurs sont vendus comme stériles, ce qui répondrait au risque de dissémination. L'interprofession bretonne rappelle cependant qu'il s'agit des affirmations des distributeurs et que les caractéristiques de chaque hybride restent à mesurer en France. Pour un jardin proche de la Loire, d'un coteau boisé ou d'une zone naturelle, le choix d'un hybride réellement présenté comme stérile, ou d'une autre essence, est la prudence minimale.

Le bois de paulownia : léger, pas structurel

C'est le terrain des plus grandes promesses. Les mesures disponibles proviennent de plantations d'Espagne, de Bulgarie et de Serbie, et non de France : densité de 259 à 266 kg/m³, contre 160 pour le balsa et 440 pour le peuplier. Sur toutes les grandeurs mécaniques, le paulownia se place entre le balsa et le peuplier.

Planches de bois de teintes variées appuyées contre un mur, près d'une rondelle de tronc
Photo : Roman Pohorecki / Pexels

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PropriétéPaulowniaBalsaPeuplierÉpicéa
Densité (kg/m³)259 à 266160440–
Rupture en flexion (N/mm²)35 à 401755 à 6580
Compression (N/mm²)18,7 à 22,6103045

Conséquence : pas d'usage en charpente. Le bois sert en menuiserie légère, en emballage, en ébénisterie pour les pièces foncées, pour des instruments de musique ou des planches de surf ; il intéresse aussi les constructeurs de tiny houses pour sa légèreté. Il n'est pas imputrescible, contrairement à ce qu'affirment certains vendeurs : c'est un bois facilement altérable.

Carbone et rendement : des chiffres à manier avec soin

Une étude japonaise évoque jusqu'à 45 tonnes de CO₂ par hectare et par an dans de bonnes conditions. Fibois Bretagne en déduit que l'arbre stockerait, en hypothèse haute, environ deux fois plus que les résineux les plus productifs, et non dix fois plus. Deux autres affirmations répandues sont jugées infondées : une photosynthèse de type C4 et une fixation de l'azote par les racines. La première récolte est annoncée à 8 ou 10 ans par les vendeurs ; plusieurs études situent plutôt le bois d'œuvre de qualité vers 15 ans en contexte européen.

Planter un paulownia en Anjou : repères pratiques

Pour un particulier, le Paulownia tomentosa reste un arbre d'ornement, pas un placement. Quelques repères issus des itinéraires pratiqués :

  • Période : de novembre à mars, sur un sol ressuyé.
  • Emplacement : plein soleil, à l'abri des vents dominants, loin des réseaux enterrés et des constructions.
  • Première année : arrosage régulier, paillage, protection contre les chevreuils si le jardin est ouvert.
  • Taille : le recépage au bout d'un an donne une repousse plus droite ; chaque plaie doit rester nette pour limiter les champignons.
  • Voisinage naturel : si le terrain borde un bois, une prairie humide ou les bords de Loire, préférer un hybride présenté comme stérile.

Pour un agriculteur, le cadre est plus complexe. L'essence n'est pas inscrite parmi les feuillus réglementés, donc non éligible aux aides forestières de l'État. Au-delà de 100 arbres par hectare, la parcelle perd les aides directes de la PAC, et un boisement de 0,5 ha ou plus relève de la demande d'examen au cas par cas. Le Pôle arbre de la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire a publié en décembre 2023 une mise en garde sur les boisements de paulownia en terres agricoles.

Ceux qui aiment les arbres et arbustes à fort caractère trouveront d'autres pistes plus sages, comme le figuier, et ses deux récoltes annuelles, ou, pour l'intérieur, l'arbre de jade, une succulente sans risque de dissémination.

Questions fréquentes

Le Paulownia tomentosa est-il interdit en France ?
Non. Il n'est pas inscrit sur la liste française des espèces exotiques envahissantes. Il figure en revanche sur la liste d'alerte de l'OEPP, et le Conservatoire botanique national de Brest déconseille de le planter en milieu naturel.
Quel est le principal inconvénient du paulownia ?
Ses graines ailées, très nombreuses, que le vent peut porter jusqu'à un kilomètre. S'y ajoutent une forte sensibilité au manque d'eau les premières années, des feuilles fragiles face au vent et des racines puissantes.
P. tomentosa ou hybride : qu'est-ce qui les distingue ?
Le P. tomentosa est l'espèce botanique, la plus résistante au froid du genre. Les hybrides croisent plusieurs espèces (fortunei, elongata, catalpifolia) ; beaucoup sont vendus comme stériles, une propriété qui reste à confirmer par des mesures indépendantes.
Le paulownia supporte-t-il le gel ?
Le P. tomentosa résiste jusqu'à environ -20 °C, ce qui couvre largement les hivers de l'Anjou. Les jeunes pousses et les grandes feuilles restent toutefois vulnérables au vent.
Le bois de paulownia est-il imputrescible ?
Non. C'est un bois léger, tendre et facilement altérable. Ses caractéristiques mécaniques, situées entre celles du balsa et du peuplier, excluent les usages de structure.
Le paulownia absorbe-t-il dix fois plus de CO₂ qu'un autre arbre ?
Les estimations disponibles le placent, en hypothèse haute, autour de deux fois les essences les plus productives. Les mesures en conditions françaises manquent encore.

Sources consultées

  • Fibois Bretagne, Le Paulownia en Bretagne, note de juillet 2024

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