Le 8 mai 1971, un décret du gouvernement portugais, le n° 187/71, créait le parc national de Peneda-Gerês. Cinquante-cinq ans plus tard, il reste la première aire protégée du Portugal et la seule à porter le statut de parc national, un statut reconnu dès l'origine par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Quand on tape « Gerês » en parlant du Portugal, c'est presque toujours de ce territoire de montagnes granitiques qu'il s'agit, à l'extrême nord du pays, contre la frontière galicienne.
Le texte fondateur, cité par l'ICNF (l'institut public chargé de la conservation de la nature), fixait un programme sans ambiguïté : rendre possible une planification scientifique à long terme, en valorisant l'homme et les ressources naturelles, à des fins éducatives, touristiques et scientifiques. Cette double vocation, protéger une nature remarquable tout en faisant vivre des villages habités depuis le néolithique, explique la plupart de ce que le visiteur rencontre sur place.
Où se trouve le Gerês au Portugal
Le parc national de Peneda-Gerês couvre une partie de cinq communes : Melgaço, Arcos de Valdevez et Ponte da Barca (district de Viana do Castelo), Terras de Bouro (district de Braga) et Montalegre (district de Vila Real). C'est cette liste que reprend la résolution du Conseil des ministres n° 121/2007, qui a lancé la révision du plan d'aménagement du parc.
Le nom accole deux massifs. Au nord, la Peneda domine les vallées de Melgaço et d'Arcos de Valdevez ; au sud, le Gerês s'étend autour de Terras de Bouro et vers Montalegre. Entre les deux, la serra do Soajo et la serra Amarela complètent un ensemble de crêtes et de vallées encaissées. Côté espagnol, la continuité naturelle se prolonge dans le parc naturel galicien de Baixa Limia-Serra do Xurés.
Pour un lecteur du Saumurois, le contraste est total. Là où le Val de Loire offre des coteaux de tuffeau, des rivières lentes et des villages troglodytiques creusés dans une pierre tendre (voir notre sélection de sites troglodytiques autour de Saumur), le Gerês présente un sol principalement granitique, des pentes raides et des torrents. Le ministère espagnol de la Transition écologique, qui décrit la réserve transfrontalière, souligne la rencontre de trois influences climatiques sur ce territoire : atlantique, méditerranéenne et continentale.
Parc national de Peneda-Gerês : ce que change le statut
Un statut unique dans le pays
Le Portugal compte de nombreux parcs naturels, réserves et paysages protégés, mais un seul parc national. Le décret de 1971 a été modifié par le décret-loi n° 519-C/79 du 28 décembre 1979, puis par le décret-loi n° 403/85 du 14 octobre 1985, dans sa rédaction issue du décret-loi n° 126/86. Un premier plan d'aménagement et son règlement ont été approuvés par la résolution n° 134/95 du 11 novembre 1995 ; la résolution n° 121/2007 en a ordonné la révision, avec pour objectifs la conservation des habitats, des usages du sol compatibles avec la protection et des statuts de protection différenciés selon les zones du parc.
Concrètement, le règlement n'est pas le même partout : certaines zones bénéficient d'une protection plus stricte que d'autres. Les règles qui s'appliquent au camping, au bivouac, à la circulation ou à la cueillette dépendent de ce zonage et évoluent avec les plans successifs. Avant de partir, la seule référence fiable reste l'ICNF ou les structures d'accueil du parc : un guide de voyage, même récent, ne remplace pas le règlement en vigueur.
Une gestion partagée avec les communes
En 2020, la directrice régionale de la conservation de la nature et des forêts du Nord rappelait que l'ICNF menait plusieurs projets dans le parc : protection des habitats, restauration de zones dégradées, gestion et organisation de la fréquentation, prévention structurelle des incendies, contrôle des espèces invasives. Elle annonçait aussi la mise en place d'un modèle de cogestion associant communes, établissements d'enseignement supérieur et associations de développement local.

Paysages, faune et flore du parc national
L'ICNF décrit une diversité botanique notable : quelques-unes des plus importantes chênaies du Portugal, des bois de bouleaux, des landes, la végétation des berges, des tourbières, des landes humides et des prairies de fauche irriguées, les lameiros, entretenues par les éleveurs. Le site de la réserve de biosphère mentionne aussi la réserve biogénétique des forêts de Palheiros-Albergaria, l'un des boisements les plus cités par les visiteurs sous le nom de Mata de Albergaria.
La faune est à la hauteur. L'ICNF cite une espèce endémique, la salamandre lusitanienne, une espèce menacée, le loup ibérique, et le chevreuil, devenu le symbole du parc. Le ministère espagnol ajoute la martre, des chauves-souris menacées et deux espèces de vipères, et recense 147 espèces d'oiseaux sur l'ensemble de la réserve transfrontalière.
Faites défiler le tableau horizontalement pour voir toutes les colonnes.
| Groupe | Espèces citées par les sources officielles |
|---|---|
| Mammifères | loup ibérique, chevreuil (symbole du parc), martre, chauves-souris menacées |
| Amphibiens et reptiles | salamandre lusitanienne (endémique), vipère de Seoane, vipère de Lataste |
| Oiseaux (147 espèces recensées) | aigle royal, crave à bec rouge, grand-duc d'Europe, bondrée apivore, tarier des prés |
| Flore endémique | iris du Gerês (Iris boissieri), Thymelaea broteriana, Armeria humilis |
L'iris du Gerês mérite une mention : cette petite fleur violette ne pousse nulle part ailleurs que dans ces montagnes et leurs prolongements galiciens. Les races bovines locales, la barrosã et la cachena, font aussi partie du paysage : on les croise sur les estives et autour des villages, et elles rappellent que ce parc reste un espace pastoral.
Patrimoine humain : du néolithique aux villages de granit
L'occupation humaine du Gerês remonte au néolithique, rappelle l'ICNF, d'où un patrimoine archéologique et culturel important. Le ministère espagnol énumère ce que l'on retrouve de part et d'autre de la frontière :
- des monuments mégalithiques préhistoriques, souvent liés aux plateaux et aux cols (portelas) ;
- des castros, villages fortifiés de l'âge du fer installés sur les hauteurs ;
- les vestiges romains de la Via Nova, la voie qui reliait Bracara Augusta (Braga) à Asturica Augusta (Astorga), que les Portugais appellent la Geira, et les camps d'Aquis Querquernis et d'Aquis Originis côté galicien ;
- une tradition thermale, à Caldas do Gerês côté portugais et à Riocaldo côté galicien ;
- un patrimoine immatériel de légendes, de conjurations et de figures de sorcières.
Les guides en ligne les mieux classés sur « Gerês Portugal » ajoutent les villages de montagne comme Pitões das Júnias ou Castro Laboreiro, les cascades et le village englouti de Vilarinho da Furna, dont les ruines réapparaissent quand le niveau du lac de barrage baisse. Ces lieux sont bien réels, mais leurs conditions d'accès (routes, stationnement, baignade) changent selon la saison et les décisions du parc : mieux vaut les vérifier sur place.
Réserve de biosphère Gerês-Xurés : le parc vu de Galice
Le 27 mai 2009, l'Unesco a reconnu la réserve de biosphère transfrontalière Gerês-Xurés, qui réunit le parc national portugais et le parc naturel galicien de Baixa Limia-Serra do Xurés. Côté espagnol, six communes en font partie : Bande, Calvos de Randín, Entrimo, Lobeira, Lobios et Muíños. Côté portugais, ce sont les cinq communes du parc national.

Le ministère espagnol de la Transition écologique donne des chiffres de population tirés des instituts statistiques (2007) : 76 301 habitants au total, une densité de 29,42 habitants au kilomètre carré et 1 144 lieux habités distincts. Les surfaces publiées sur sa propre page ne concordent pas entre elles (258 913 ha dans la fiche, 267 958 ha dans la description) : la réserve de biosphère est de toute façon bien plus vaste que le parc national seul, puisqu'elle inclut des zones de transition habitées.
Cette dimension transfrontalière intéresse le visiteur : une boucle en voiture peut passer d'un côté à l'autre de la frontière, et les paysages ne changent pas au passage de la ligne.
Préparer un séjour dans le Gerês depuis l'Anjou
Par où arriver
Le Gerês se rejoint le plus souvent par Porto, la grande porte d'entrée aérienne du nord du pays, puis par Braga, la grande ville la plus proche du sud du parc. Ceux qui découvrent le pays peuvent d'abord situer le Minho dans l'ensemble du territoire avec notre panorama des régions du Portugal pour un premier voyage. Sur place, la voiture reste le moyen le plus simple : les villages sont dispersés et les routes de montagne étroites.
Combien de temps et quand
Les meilleurs résultats de recherche proposent des itinéraires d'une journée, mais le parc est vaste et ses deux massifs se visitent difficilement en un seul passage. Deux à quatre jours permettent de voir le sud (Gerês, Terras de Bouro) et le nord (Peneda, Castro Laboreiro). Le climat atlantique apporte beaucoup de pluie en hiver ; l'été attire le plus de monde autour des lacs de barrage et des cascades.
Marcher sans se surestimer
Les sentiers du Gerês sont plus raides et plus rocailleux que les chemins de halage. Quelqu'un qui pratique la randonnée à vélo ou à pied au bord de la Loire, par exemple sur une des boucles autour de Saumur classées par niveau, doit compter un effort sensiblement supérieur pour une même distance. Chaussures montantes, eau, carte hors ligne et prévisions météo locales sont indispensables, de même que le respect des zones fermées au public.




